mardi 4 novembre 2014

Paroles à ma Mère


PAROLES À MA MÈRE
Par Hyacinthe A. TOURE
Date : Samedi 27 mai 2006, veille de la fête des mères
Lieu : Église Sainte Thérèse Marcory

Chers Frères et Sœurs,

J’ai l’habitude, par mes activités, de m’adresser à des auditoires divers lors de conférences, séminaires et exposés sans appréhensions ni tracs et sans trémolos dans la voix pour faire passer mes messages. Mais celui-ci est particulier et il sera, sans doute, le plus difficile à prononcer. Si vous avez envie de rire, riez ! Maman aimait bien rire. Si vous voyez mes larmes, je ne pleure pas. C’est seulement une paille dans mes yeux. S’il m’arrivait toutefois de pleurer, sachez que notre Seigneur, Jésus lui-même, a pleuré son ami Lazare.

Mon cœur est en peine, certes, mais votre présence me réconforte et me rassérène. Je me réjouis de la présence parmi nous, dans cette église de quelqu’un d’important. Il a toujours été présent à nos côtés et sera toujours présent à nos côtés. Un Fidèle parmi les Fidèles, le Seigneur Jésus. Je suis Hyacinthe ATTOH-TOURE, l’un des fils d’Antoinette ATTOH TOURE. Je voudrais m’adresser à Mon Dieu, parler de ma mère, parler à ma mère en mon nom propre et au nom de mes frères et sœurs, à nos amis, à mes frères et sœurs.


Seigneur, Tu m’as montré ta puissance depuis 1988 en plusieurs occasions en faisant des miracles dans ma vie. Des choses édifiantes. Des miracles qui ne souffrent d’aucun doute ! Même Thomas ne pourrait en douter. Des amis, des membres de ma famille et des hommes de Dieu en sont témoins. Tu m’as encore montré ta puissance lors de la maladie de ma mère. Tu as toujours exaucé mes prières. Seigneur, qui suis-je ? Moi, un grand pécheur à qui tu as donné l’important souffle de vie, pour mériter tant de grâces et d’égards de ta part ? Seigneur Dieu ! je te loue, je te magnifie et je te glorifie pour tout ce que tu as fait pour moi, ma mère et notre famille. Je rendrai témoignage pour ta seule gloire.

Maman est née à Katiola en 1924. Nous avons souvent polémiqué sur cette date. Avant, après, seul Dieu détient la vérité. Ce qui est sans ambiguïté, c’est qu’elle est née. Elle a contribué à la construction en pierres de la belle Cathédrale de Katiola. Elle a encore fière allure aujourd’hui. Mariée à un instituteur sorti de l’École Normale de Dabou, elle a beaucoup d’enfants. Nous pouvons constituer une équipe de basket ou de handball avec même des remplaçants. Il s’en est fallu de peu pour une équipe de football.

Dynamique, elle a exercé divers métiers pour aider son mari à subvenir aux besoins de notre famille. Je me contenterai de celui de boulangère dans les années 50. Avec son four en argile et son feu de bois, elle confectionnait un pain très prisé. Le meilleur, disait-on de la ville. Un pain qui aurait pu rivaliser aujourd’hui avec ceux de Pako, Sococé, Pâtisserie Abidjanaise ou toute autre boulangerie de la place. Je me souviens encore de cette bonne odeur de pain qui me réveillait à l’aurore lorsque j’étais encore un gamin.

Maman aimait beaucoup plaisanter. Patate ! disait-elle quand elle était étonnée. Charognard ! Elle aimait bien nous traiter de charognards. Un mot qu’elle aimait particulièrement. « Lesôgô » qui veut dire en tagbana « sauvage, bête, pas intelligent » selon le contexte. Quand elle est fâchée « Court comme ton père », « ton gros nez ». Il n’y avait vraiment pas de quoi s’énerver. Nous ne sommes pas très grands dans la famille. Quant au nez, je ne crois pas qu’elle ait tort. En tout cas, c’est son œuvre. Son proverbe préféré « A beau mentir qui vient de loin ». Quand nous parlions avec un langage châtié. Elle disait « excusez-moi ! Moi, mon père était cultivateur, vous, votre père est directeur d'école. Nous ne sommes pas pareils ».

Maman était vraiment heureuse lorsque nous la visitions. Cela se voyait et se lisait sur son visage. Elle aimait nous offrir souvent des présents à notre âge. Elle aimait nous faire plaisir. Ah, oui, j’oubliais, malgré nos cheveux grisonnants, nous sommes toujours restés ses enfants. Mais tout n’était pas rose, Maman. Nous t’avons donné du fil à retordre même étant adultes. Nous avons été quelquefois, souvent, très souvent, trop souvent indignes, ingrats et irrespectueux. Nous t’avons même fait pleurer quelquefois. Certains ont pensé, nous avons pensé, que tu acceptais cela. Non, Maman, tu n’acceptais pas cela. Tu en souffrais en silence. Mais, tu nous pardonnais toujours parce que nous sommes tes enfants et tu nous aimes.

Le 13 mai 2006, aux environs de 20 heures alors qu’une fine pluie commençait à tomber sur Marcory, les Anges du Seigneur sont venus et ont appelé ton nom : « Antoinette, une place est prête pour toi. Tu dois laisser derrière toi ceux que tu aimes et ceux qui t’aiment ». Ils t’ont enlevée pour te présenter au Père. Le Père t’a montré ta nouvelle demeure et tout ce qu’il t’a promis. Que le nom de l’Éternel soit béni et glorifié !

Ta vie terrestre est maintenant du passé. Tu commences une vie nouvelle sans nous, mais auprès de ton mari Louis, tes enfants Pascal et Fabien, tes sœurs Jacqueline et N’Klo et toute la famille qui t’a précédée.
Une vie nouvelle où les promesses sont tenues.
Une vie nouvelle où il n’y a pas de lendemain, mais uniquement un aujourd’hui.
Un aujourd’hui qui durera toujours.

Depuis le 14 mai 2006, le soleil se lève sans toi et nos yeux sont remplis de larmes parce que tu n’es pas là et tu ne seras plus là. Je sais que tu n’aimerais pas nous voir pleurer et tu nous dis de sécher nos larmes, car tu es maintenant libre.

Depuis le 14 mai 2006, les jours ont commencé sans toi et je pense à toutes nos promesses non tenues et à toutes ces phrases que nous ne t’avons pas dites. Maman, au nom de tes enfants, je te dis que nous t’aimons et te demandons pardon pour nos mauvaises actions et nos paroles offensantes. Oui, je sais que tu nous as toujours pardonné, mais nous te demandons quand même pardon.

Maman, tu ne nous laisses pas seuls. Nous ne sommes pas orphelins. Tu as beaucoup investi dans l’amitié et la fraternité. Tu as tissé des liens forts avec tes amies qui sont dorénavant nos Mamans. Tu nous en as laissé plusieurs : Maman Clémentine, Maman Fanny, Maman Konaté, Maman Trazo, Maman Yaï. Elles sont là. Elles sont présentes pour nous soutenir. Puisse ton exemple nous inspirer ? Je les ai citées par ordre alphabétique parce que je ne sais pas qui est la plus jeune. Je n’ai pas dit « la plus vieille ». Je ne souhaite pas que tu me traites de « Lesôgô ».

Nous avons reçu beaucoup de messages forts de réconfort de tes amis et parents, de nos amis du Bénin, du Burkina Faso, des États-Unis, de France, du Ghana, du Libéria, du Niger, du Royaume-Uni, du Sénégal, de Tunisie et bien sûr de Côte d’Ivoire. Non Maman, nous ne sommes pas seuls. J’ai reçu, hier soir, un appel du Président d’une importante association du Burkina Faso. Il m’a informé que leur réunion de ce jour qui se déroule en ce moment même t’est entièrement dédiée.

Maman, permets que je m’adresse à nos amis, aux paroissiens, aux choristes, au Curé et au presbytère !  Chers Frères et Sœurs, je vous dis merci au nom de la famille. Je ne connais pas de mot plus fort sinon je l’aurais utilisé. Que Dieu vous bénisse abondamment ! Et je voudrais partager ceci avec vous.

Ne soyez pas trop occupés pour consacrer du temps à votre mère. Un appel téléphonique à votre mère lui procurera du plaisir. Une visite à votre mère lui procurera beaucoup de joie ; Une joie immense qui illuminera le reste de sa journée voire sa semaine, même si vous ne lui donnez pas d’argent. Votre visite est déjà pour elle un cadeau, un présent. Si vous lui donnez de l’argent, quelle que soit la somme, tant mieux ! Comme le dit Ma mère, « Une dent rouge est mieux qu’une dent enlevée ». 

Lorsque votre mère vous dit « Merci, Mon Fils, merci, Ma Fille »,
sachez que ce « Merci » vient du fond de son cœur.
Sachez que ce « Merci » est une grande bénédiction.
Sachez que ce « Merci » vient de Dieu.

Je voudrais maintenant m’adresser à mes frères et sœurs. Maman nous demande d’être solidaires et unis. Avec l’Amour et le Pardon, c’est possible.

Maman, nous ne te disons pas adieu parce que nous ne croyons pas que nous sommes séparés.
Chaque fois que nous penserons à toi, tu ne seras pas trop loin,
Tu ne seras pas très loin,
Tu ne seras pas loin,
Tu seras tout près,
Tu seras même très près,
Tu seras là…….. dans nos cœurs.

Merci Maman. Je suis très heureux d’être ton fils et suis très fier de toi.
Nous sommes tous très fiers de toi.
BONNE FÊTE MAMAN.