lundi 27 juillet 2015

La Sagesse de l'expérience

La sagesse de l’expérience
par : Hyacinthe Touré

Il était une fois de jeunes rats qui, exaspérés par les persécutions du chat du quartier, décidèrent de tenir un conseil pour définir de quelle façon ils allaient se débarrasser de cette nuisance. Le conseil était constitué en grande majorité de jeunes. Quelques vieux étaient conviés, sans aucun doute, comme observateurs.

Bien des plans furent discutés, puis rejetés. Finalement, un jeune rat proposa de suspendre une cloche au cou du chat ; entendant le chat approcher, les rats pourraient alors se mettre à l’abri. La motion plut à tout le monde et fut votée à l’unanimité. C’est alors qu’un vieux rat qui était resté silencieux – comme tous les anciens d’ailleurs – demanda respectueusement la parole. Il se leva. De sa voix grave, trainante et assurée, il commença par louer cette idée ingénieuse qui, sans nul doute, remporterait un vif succès. Pour autant, il avait une question à poser : « Qui attachera la cloche au cou du chat ? » Le conseil se quitta sans répondre.

Cette histoire renferme de nombreux enseignements. Il ne suffit pas, par exemple, de concevoir des projets ou de poser les premières pierres, encore faut-il les réaliser. Toutefois, l’enseignement principal concerne les relations intergénérationnelles, à la fois simples et complexes et, in fine, les bénéfices à puiser dans la sagesse de l’expérience. 

Examinons l’attitude et le comportement des jeunes. Ils ont ignoré les vieux lors des débats. Aucun d’eux n’est venu solliciter leurs avis. Pourquoi le feraient-ils ? Quels conseils les vieux pourraient-ils leur prodiguer ? À preuve, ils se sont tout simplement retirés.

Analysons l’attitude du vieux. Que constatons-nous ? Il a écouté avec acuité et il a agi avec tact, finesse et diplomatie. Il commence par louer la proposition alors qu’elle n’était pas idoine. Il utilise ensuite, grâce à son écoute intelligente, les mots justes pour convaincre et confondre ces jeunes. La sagesse de l’expérience a fait découvrir à chacun, par une question simple, la difficulté de la réalisation du projet. 

Les jeunes ont bien souvent des idées séduisantes et miroitantes. Alors, que gagneraient-ils à puiser dans la sagesse de l’expérience ? Écoutons ce que nous ont transmis les sages de Babylone, il y a bien des milliers d’années avant l’ère chrétienne.

« Lorsqu’un jeune va vers une personne âgée pour recevoir un conseil, il puise à la sagesse de l’expérience. Trop souvent, les jeunes croient que les personnes âgées ne connaissent que la sagesse des temps passés, et ils n’en profitent pas. Jeunes gens, souvenez-vous de ceci : Le soleil qui brille aujourd’hui est le même qui brillait quand votre père est né et le même qui brillera encore quand le dernier de vos petits-fils mourra. Vos pensées sont comme des lumières brillantes qui scintillent comme des météores illuminant le ciel ; mais la sagesse de l’homme âgé est comme les étoiles fixes qui resplendissent toujours de la même façon, si bien que le marin peut se fier à elles. » 

Pour autant, très peu de jeunes puisent dans la sagesse de l’expérience. Les vieux ne sont-ils pas dépassés, démodés ? Ne sont-ils pas des ringards bons pour être mis en quarantaine, à la retraite ? Détrompez-vous. Ils ont pour eux la sagesse de l’expérience. Écoutons cette histoire (presque vraie) !
En Grèce, un navire est en panne depuis plusieurs mois. Impossible de lancer les moteurs. Toutes les tentatives de réparation ont été vaines malgré le défilement des mécaniciens spécialisés et des ingénieurs du constructeur. Malgré leurs équipements de haute technologie, rien n’y fit. 

L’on fait alors appel à un vieux mécanicien – formé sur le tas — mis à la retraite, comme plusieurs autres, pour laisser la place aux jeunes bardés de diplômes. Il se présente avec une petite boîte à outils. Les mines des dirigeants, tous présents, se contractent, blêmissent et grimacent. Que peut-il faire avec ces outils ? 

Il entre dans la salle-machine. Avec l’une de ses clés, il tape les pièces du moteur et écoute les bruits ; il visse et dévisse des écrous ; il nettoie et graisse des pièces. Après environ trois heures, il demande la mise en route du moteur. Ô miracle ! Les moteurs toussotent, démarrent et vrombissent. Tout le monde se congratule. 

Il établit sa facture. Un seul libellé : réparation du bateau 3.000.000 F (4.573,47 euros). « Quoi, » s’exclament les dirigeants, « c’est trop cher pour trois heures de travail. Faites-nous une facture détaillée. » Elle tient en 3 lignes. Main d’œuvre : 30.000 F (45,73 euros). Recherche de la panne : 2.970.000 F (4.527,73 euros). Total : 3.000.000 F (4.573,47 euros).

La sagesse de l’expérience.